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04

Février

2026

L’impôt qu’on fuit et l’impôt qu’on consent

Les Français sont les champions du monde de la chasse à l’impôt direct. Chaque printemps, ils traquent la moindre niche fiscale, comparent leurs taux marginaux, arbitrent entre crédit d’impôt et réduction, et s’indignent bruyamment de ce qu’ils doivent encore « donner à l’État ». L’impôt sur le revenu est visible, identifiable, presque personnel : on le voit, on le signe, on le commente… et on cherche à le réduire.

Mais pendant que l’on se bat sur quelques centaines ou milliers d’euros d’impôt direct, un autre prélèvement, bien plus massif, passe tranquillement sous les radars : l’impôt indirect. Celui que l’on paie tous les jours, sans avis d’imposition, sans débat, et souvent sans en avoir vraiment conscience.

Les chiffres sont pourtant éloquents. En 2024, l’impôt sur le revenu a rapporté environ 95 milliards d’euros. C’est beaucoup, mais c’est peu face à la TVA, qui à elle seule en a rapporté le double. Et si l’on ajoute les taxes sur l’énergie, le carburant, l’alcool, le tabac, les assurances, ou encore les jeux et les paris, les impôts indirects représentent plus des deux tiers des recettes fiscales de l’État.

Le plus savoureux, c’est que nombre de ces impôts sont payés volontairement. Chaque ticket de caisse est une contribution silencieuse. Chaque plein d’essence, un petit don contraint. Chaque grille de loto, chaque pari sportif, chaque passage au PMU finance discrètement les finances publiques. On râle contre l’impôt sur le revenu… mais on coche les numéros avec enthousiasme.

La grande différence ? L’impôt indirect est indolore parce qu’invisible. Il est intégré dans les prix, identique pour tous, sans tenir compte du niveau de revenu. Résultat : ceux qui consomment l’essentiel de ce qu’ils gagnent - souvent les ménages modestes - y consacrent proportionnellement bien plus que les autres. Une fiscalité discrète, efficace… et socialement redoutable.

Au fond, le paradoxe est là : on s’épuise à réduire l’impôt que l’on voit, tout en alimentant sans sourciller celui que l’on ne regarde pas. Et si le vrai débat fiscal ne consistait pas seulement à alléger la feuille d’impôt annuelle, mais à comprendre ce que chaque euro dépensé en consommation verse, silencieusement, à la collectivité ?


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