Le couteau suisse que personne ne sait ouvrir

Schéma illustrant l'usufruit sur biens consomptibles

Depuis quelques années, les produits structurés fleurissent dans les contrats d'assurance-vie, vantés qu’ils sont par les banques, assurances et cabinets de conseil. À les écouter, c'est le placement idéal : performant quand les marchés montent, protecteur quand ils baissent, et rassurant quand tout le monde a peur.

 

Sur le papier, c'est séduisant. Dans la réalité, c'est bien plus compliqué.

 

Pour comprendre un produit structuré, il faut assimiler des notions aussi poétiques que « barrière de protection », « autocall », « effet mémoire », « sous-jacent décrément », « rappel anticipé » ou encore « barrière européenne ». Si vous avez besoin d'un glossaire de quarante pages avant d'investir, c'est qu'il y a un sujet...

 

Prenons un exemple simplifié : un produit promet 6 % de gain annuel tant que le CAC 40 ne baisse pas de plus de 10 %. Si l’indice est en hausse ou si la baisse reste limitée, l'investisseur gagne de l'argent. Mais si le marché chute fortement, la protection disparaît et la perte réapparaît comme par magie. Résultat : lorsque tout va bien, le gain est limité ; lorsque tout va mal, vous supportez la perte comme un investisseur classique.

 

En vingt-cinq ans de métier, je n'ai encore jamais rencontré un client capable de me décrire le fonctionnement du produit structuré qu'on lui avait vendu. Sans doute parce que les vendeurs même de ces produits peinent à les expliquer.

 

Ajoutons à cela des frais peu visibles, des commissions confortables pour les distributeurs et une liquidité réduite avant l'échéance, toujours lointaine. Sans oublier le risque lié à l'émetteur lui-même, souvent relégué en petits caractères.

 

Alors faut-il fuir tous les produits structurés ? Non. Certains peuvent répondre à un objectif précis pour des investisseurs avertis. Mais ils devraient rester des outils de niche, et non devenir des solutions universelles comme le laissent entendre les commerciaux qui suggèrent de tout placer sur de tels fonds…

 

Et pour ceux qui en détiennent déjà ? Rassurez-vous : il est souvent possible d'en sortir avant terme. Encore faut-il vérifier les conditions de rachat, la valorisation du produit et les éventuelles pénalités avant de prendre une décision. Une analyse préalable s'impose.

 

Un produit structuré n'est ni une arnaque ni une solution miracle. C'est un outil complexe qui profite souvent davantage à celui qui le fabrique qu'à celui qui l'achète.

 

Pour ma part, je continue de penser qu'une allocation d'actifs claire, diversifiée, suivie dans le temps et adaptée à l'objectif du client reste souvent plus compréhensible, plus souple... et finalement plus efficace.

 

Lorsqu'un placement nécessite davantage d'explications que votre déclaration d'impôt, c'est rarement de la pédagogie. C’est un placement qui s’excuse d’être compliqué…


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