Le fonds en euros : le calme trompeur des certitudes françaises

En France, nous avons le génie des illusions rassurantes. Nous aimons ce qui promet sans inquiéter, ce qui rapporte sans varier, ce qui protège sans contrepartie. Le fonds en euros des contrats d’assurance-vie incarne à merveille cette passion nationale : capital garanti, rendement régulier, argent supposé disponible à tout moment. Le placement idéal… donc rarement discuté.

 

Car enfin, qui irait douter du doudou patrimonial des Français ?

 

Pourtant, derrière cette promesse de stabilité se cache une réalité moins ouatée : un portefeuille majoritairement investi en obligations. Et une obligation, lorsque les taux montent, baisse mécaniquement en valeur. Tant que chacun reste tranquille, la moins-value sommeille. Mais si les épargnants se précipitent vers la sortie, l’assureur doit vendre. Et ce qui dormait dans les comptes se réveille dans les pertes.

 

Ce scénario n’avait rien de fantaisiste puisque le législateur lui-même l’a envisagé avec la loi Sapin 2, autorisant le gel temporaire des retraits en cas de crise systémique. Autrement dit, on vous vend la liquidité permanente, tout en prévoyant juridiquement son interruption. Subtilité française…

 

Dix ans plus tard, les dettes publiques ont explosé, les taux sont remontés, les équilibres budgétaires vacillent… et l’on parle moins du sujet qu’hier. Comme souvent, lorsque le risque grandit, le débat rapetisse.

 

Du reste, le fonds en euros n’existe pratiquement nulle part ailleurs qu’en France. Pourquoi ? Parce qu’ailleurs, on vend du risque assumé. En France, nous avons préféré vendre du risque habillé en sécurité. C’est du reste un peu la même rengaine que pour les produits structurés vantés par tant de conseillers.

 

Le fonds euro n’est ni une fraude, ni une catastrophe annoncée. Il reste utile, parfois pertinent. Mais il n’est pas ce totem intouchable que l’on présente encore trop souvent. Il ne supprime pas le risque : il le retarde, l’adoucit, le maquille.

 

Et l’histoire financière enseigne une vérité immuable : les secousses naissent rarement dans ce qui inquiète déjà. Elles surgissent souvent de ce que tout le monde croyait paisible.

 

Le fonds en euros est calme. C’est précisément ce qui mérite d’être surveillé.


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