Valeur refuge ou refuge des illusions ?

« La pierre, ça ne baisse jamais », « Un appartement, c’est au moins du concret », « Les actions peuvent disparaître, mais l’immobilier restera toujours ». Ces phrases, nous les avons tous entendues. Elles traduisent un véritable attachement des Français à l’immobilier, considéré comme le placement refuge par excellence.

Et il faut reconnaître que cette confiance n’est pas totalement infondée. La pierre est un actif tangible, transmissible, qui protège en partie contre l’inflation et qui a toute sa place dans un patrimoine équilibré. Mais une qualité essentielle ne doit pas devenir une certitude aveugle.

Depuis la fin des années 90, l’immobilier français a connu une progression exceptionnelle. Une hausse portée par plusieurs facteurs : la baisse continue des taux d’intérêt, les dispositifs de défiscalisation successifs, l’augmentation du coût du foncier et des normes de construction toujours plus nombreuses. Pourtant ces moteurs se sont aujourd’hui largement essoufflés.

Car un bien immobilier reste, comme tout investissement, soumis à une règle simple : son prix dépend du rendement qu’il procure et du risque que l’investisseur accepte de prendre. 

C’est ce que les professionnels appliquent depuis longtemps. L’immobilier d’entreprise en est une parfaite illustration. Les bureaux et commerces ont vu leurs valeurs baisser, notamment à travers les SCPI, car les investisseurs institutionnels raisonnent avec une notion essentielle : la prime de risque.

Lorsque les taux d’intérêt remontent, un investisseur exige naturellement une meilleure rémunération pour immobiliser son argent dans un actif peu liquide et soumis à des risques. Si les loyers ne peuvent pas progresser suffisamment, la seule variable d’ajustement devient le prix d’achat.

Ce raisonnement, évident pour les professionnels, reste souvent difficile à accepter pour les particuliers. L’immobilier est rarement perçu comme un simple actif financier : il représente un projet de vie, un effort d’épargne, parfois même une réussite personnelle.

Pourtant, l’immobilier locatif classique connaît aujourd’hui de nombreux vents contraires : fiscalité des revenus fonciers, prélèvements sociaux, IFI, taxation des plus-values, frais d’entretien, travaux énergétiques, risques d’impayés ou de vacances locatives…

Sans oublier les coûts d’acquisition, souvent sous-estimés. Beaucoup s’indignent de quelques pourcents de frais sur un placement financier, tout en acceptant sans réellement les mesurer les coûts importants intégrés dans une acquisition immobilière, notamment dans le neuf.

La pierre reste une valeur patrimoniale majeure. Mais elle n’est pas une exception aux lois économiques. Le véritable risque n’est pas d’investir dans l’immobilier mais de croire qu’il existe un placement qui monte toujours, qui ne baisse jamais et qui ne nécessite aucune analyse. Même la pierre la plus solide repose sur des fondations économiques.


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