Retour vers le futur 6 - Et si les taux remontaient pendant quarante ans ?

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Les fidèles lecteurs de cette chronique se souviennent peut-être que, dans les précédents épisodes de « Retour vers le futur », j'évoquais un changement majeur de cycle économique, marqué notamment par la fin de l'argent facile et une remontée durable des taux d'intérêt. Et si nous n'en étions qu'au début ?

 

Depuis le début des années 1980, les taux d'intérêt ont connu une baisse tendancielle quasi ininterrompue, jusqu'à devenir nuls, voire négatifs. Quarante années durant lesquelles États, entreprises et ménages ont pris l'habitude de s'endetter à bon compte, alimentant au passage la valorisation des actifs immobiliers et financiers.

 

Mais l'Histoire économique nous enseigne que les grands cycles finissent toujours par se retourner. Et si, après quarante années de baisse, nous étions entrés dans un nouveau cycle de hausse qui pourrait, lui aussi, durer plusieurs décennies ?

 

Certes, les taux ne remonteront pas en ligne droite. Des phases de repli, parfois importantes, viendront inévitablement ponctuer ce mouvement de fond. Mais les tensions actuelles sur les marchés obligataires, malgré les efforts passés des banques centrales pour assouplir leur politique monétaire, pourraient bien confirmer que nous avons changé de cycle.

 

Les forces structurelles à l'œuvre pourraient d'ailleurs entretenir cette tendance : endettement colossal des États, besoins de financement liés à la transition énergétique, réindustrialisation, dépenses militaires et tensions géopolitiques.

 

Autant de facteurs susceptibles d'entretenir l'inflation et de rendre le capital plus rare, donc plus cher. Au point de retrouver un jour les taux à deux chiffres que nous avons connus dans les années 1970 et 1980 ? L'hypothèse mérite au moins d'être envisagée.

 

Faut-il pour autant s'en inquiéter ? Pas nécessairement ! Dans les précédents épisodes, j’évoquais que la remontée des taux pourrait accompagner un nouveau cycle de croissance, nourri par l'innovation, les investissements et les gains de productivité, dans le sillage du développement de l’intelligence artificielle. À l'image des Trente Glorieuses, durant lesquelles taux élevés et prospérité économique ont pu coexister, grâce notamment au progrès technique, à l’industrialisation et à l’essor de la consommation.

 

Mais il existe un autre scénario, autrement moins réjouissant : celui d'une croissance atone, d'une inflation persistante et d'États étranglés par le coût de leur dette. Deux mondes radicalement différents, dont les conséquences sur notre épargne, l'immobilier et les marchés financiers seraient considérables.

 

Alors, plutôt que de chercher à deviner la prochaine décision des banques centrales, ne faudrait-il pas apprendre à raisonner à l'échelle des décennies ?

 

Car si le grand cycle des taux s'est réellement retourné, c'est toute notre manière d'épargner, d'investir et de transmettre qu'il faudra peut-être repenser. Et ce qui constituait hier une évidence patrimoniale pourrait bien devenir demain une erreur stratégique…

 

Bienvenue dans le monde de demain !


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